Section du Parti Socialiste de Jouy-Le-Moutier
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Histoires belges et histoires françaises

Le par

Article paru dans PS Info de Mars 2006

Coluche ne s’y était pas trompé : « En France, observait-il, les histoires belges ont beaucoup de succès parce qu’elles ne sont pas trop difficiles à comprendre ». C’est pourquoi, sans doute, elles ont fini par lasser et par disparaître de nos conversations. Mais la municipalité vient de lancer le sauvetage de ce patrimoine en déclin : à la réunion publique du 24 mars, pour tenter de ridiculiser des travaux qu’il jugeait stupides, un maire-adjoint a cru subtil d’y reconnaître la marque de nos amis belges. Il fut le seul à rire.

Laissons donc ces clichés fatigués pour suivre plutôt l’actualité : il y a matière à s’instruire du côté de Bruxelles. Vous avez appris le drame de ce lycéen tué en avril par un autre mineur qui voulait lui arracher son MP3. Sur la base des premiers indices, le parquet avait attribué le crime à des nord-africains ; il s’en est suivi un dérapage médiatique qu’on imagine sans peine au vu de notre société qui n’est pas moins xénophobe que celle de nos voisins. Mais c’est la suite qui mérite l’attention.
D’abord l’attitude des parents de la victime : « Pour moi, ce ne sont pas deux nord-africains, ce sont deux crapules » a répété dans la presse le père, artisan vitrier. Puis, après que l’enquête ait incriminé deux jeunes européens, les excuses des autorités judiciaires à la population d’origine nord-africaine : on n’a pas le souvenir d’un geste analogue lorsque, chez nous, les politiques ont amplifié les accusations fausses d’une jeune mythomane qui prétendait avoir été violentée dans le RER par des noirs et des maghrébins.
Remarquables aussi, les propos de la ministre belge de la Justice : « Personne n’a dit qu’il fallait nettoyer au Kärcher. Oui, il faut plus de présence policière, mais il faut aussi s’occuper du parcours des jeunes délinquants. (…) Toute une communauté s’est sentie mal. Elle a d’abord pensé : « C’est l’un des nôtres. » Puis : « Ce sont toujours les mêmes qu’on montre du doigt. » Les excuses sont certainement insuffisantes. Il va falloir beaucoup travailler. » Voilà un langage qu’on ne risque pas d’entendre du côté de l’Élysée, de Matignon ou de notre ministère de l’Intérieur.
Dans le contexte créé par ce crime, le Parlement belge vient d’adopter une loi visant à assurer la sécurité par une cohésion sociale plus forte et un meilleur accompagnement des jeunes. Cette loi a été votée par les principaux partis, y compris ceux de l’opposition ! Sur les bords de la Seine aussi, une loi vient d’être votée : une loi de plus sur l’immigration, rejetée par l’opposition de gauche certes, mais aussi par toutes les associations concernées et par l’ensemble des Églises chrétiennes, qui dénoncent dans ce texte « une machine à fabriquer des sans-papiers » tant il rend précaire le sort des étrangers même régulièrement présents sur le territoire.
Discréditée par les émeutes urbaines de l’automne 2005, puis par le fiasco du CPE, aujourd’hui par le scandale Clearstream, la droite ne trouve d’issue que sur le dos des plus faibles, dans une démarche dont l’électoralisme n’échappe à personne. Minable !

André METZGER

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